Sommaire

En résumé
- L'agence est l'employeur : elle recrute, signe le contrat de mission, paie et déclare l'intérimaire.
- Vous restez responsable du chantier : horaires, sécurité, EPI et autorisation de conduite des engins sont à votre charge.
- Le motif de recours que vous choisissez fixe la durée maximale de la mission. Un motif mal choisi expose à une requalification en CDI.
- Pendant la mission, quatre documents suffisent : le contrat de mise à disposition, le contrat de mission, le relevé d'heures et le registre unique du personnel.
- En fin de mission, un délai de carence s'applique avant de reprendre un intérimaire sur le même poste : un tiers de la durée de la mission, ou la moitié si elle a duré moins de 14 jours.
Lundi, 7 h. Votre grutier intérimaire arrive sur le chantier, CACES en poche. Vous le laissez monter dans la grue ? Sans autorisation de conduite signée par vous, c'est votre entreprise qui est en faute, pas l'agence. Ce guide vous montre ce que vous devez gérer à chaque étape d'une mission d'intérim, de la commande au départ de l'intérimaire.
Qui fait quoi : l'agence, vous et l'intérimaire
Toute mission d'intérim repose sur deux contrats :
- Le contrat de mise à disposition, entre vous et l'agence. Il précise le motif, le poste, la durée et le prix.
- Le contrat de mission, entre l'agence et l'intérimaire. Vous ne le signez pas.
L'agence prend en charge la partie employeur. Mais sur le chantier, c'est vous qui encadrez le travail. Voici comment les rôles se répartissent.
La règle à retenir : confier l'administratif à l'agence ne transfère pas la responsabilité du chantier. L'article L1251-21 du Code du travail vous confie les conditions d'exécution du travail pendant toute la mission. Si vous hésitez encore à passer par l'intérim, consultez les avantages de l'intérim pour une entreprise.
Avant la mission : choisir le bon motif et la bonne durée
Vous ne pouvez recourir à l'intérim que pour un motif prévu par la loi. Les plus courants dans le BTP :
- le remplacement d'un salarié absent ;
- l'accroissement temporaire d'activité ;
- l'attente de l'arrivée d'un salarié embauché en CDI ;
- les travaux urgents liés à la sécurité.
Dans tous les cas, l'intérim ne doit pas servir à pourvoir durablement un poste lié à votre activité normale et permanente.
Durée maximale selon le motif
Une mission se renouvelle deux fois au maximum, sans dépasser la durée maximale. Plus de détails dans nos pages sur la durée d'un contrat d'intérim et son renouvellement.
L'erreur fréquente du BTP : écrire « rattrapage intempéries » comme motif. Les intempéries ne sont pas un motif légal. Indiquez « accroissement temporaire d'activité », puis précisez la situation dans le contrat : phase décalée, lot concerné, heures à rattraper.
Les trois erreurs qui mènent à une requalification en CDI
- Un motif vague ou inexact.
- Une durée maximale dépassée ou un troisième renouvellement.
- Un intérimaire placé en continu sur un poste permanent.
Dans ces cas, l'intérimaire peut demander à être reconnu comme salarié en CDI de votre entreprise, depuis son premier jour de mission.
Combien coûte un intérimaire ?
Le coût d'un intérimaire se calcule simplement : salaire brut horaire × coefficient de facturation × nombre d'heures. Les coefficients publiés vont généralement de 1,7 à 2,5.
Ce coefficient comprend le salaire, les cotisations patronales, l'indemnité de fin de mission (10 %), l'indemnité de congés payés (10 %), ainsi que les frais de gestion et la marge de l'agence. Seuls ces deux derniers postes se négocient : le salaire, les cotisations et les indemnités sont fixés par la loi. Demandez toujours le détail du coefficient avant de signer.
Certains frais s'ajoutent à la facture ou restent à votre charge :
- les paniers repas et indemnités de trajet prévus par votre convention collective ;
- les heures supplémentaires majorées, souvent facturées à part ;
- les EPI, que vous fournissez ;
- le temps d'accueil, de formation et de suivi administratif de vos équipes.
Au-delà du coefficient, négociez aussi les conditions : taux des heures supplémentaires, heures d'intempéries, remises sur volume, délais de paiement.
Pendant la mission : les quatre documents à suivre
- Le contrat de mise à disposition, signé avec l'agence avant l'arrivée de l'intérimaire. Vérifiez le motif, la date de fin, le poste et la qualification demandée.
- Le contrat de mission, que l'agence doit remettre à l'intérimaire au plus tard deux jours ouvrables après le début de la mission. Pensez aussi à la période d'essai.
- Le relevé d'heures, validé chaque semaine par le chef de chantier. Il sert de base à la paie et à votre facture : un relevé validé sans contrôle vaut accord sur la facture.
- Le registre unique du personnel de votre établissement. L'intérimaire doit y figurer avec la mention « salarié temporaire », ainsi que le nom et l'adresse de l'agence.
La déclaration préalable à l'embauche (DPAE) et le suivi médical relèvent de l'agence. Une exception : si vous affectez l'intérimaire à un poste à risques sans le suivi médical requis, c'est à vous d'organiser l'examen d'aptitude.
Sécurité : ce qui reste sous votre responsabilité
Pendant la mission, vous êtes responsable de la santé et de la sécurité de l'intérimaire comme de vos propres salariés.
- Accueil sécurité : présentez les consignes du chantier dès le premier jour.
- Formation renforcée : obligatoire sur les postes à risques particuliers (travail en hauteur, tranchées, conduite d'engins, travaux près des réseaux).
- EPI : vous les fournissez, et l'intérimaire ne les paie jamais.
- Habilitations : vérifiez qu'elles correspondent aux travaux confiés, notamment l'habilitation électrique.
Le CACES ne suffit pas pour conduire un engin
Le CACES prouve que l'intérimaire sait conduire l'engin. Il ne l'autorise pas à le conduire sur votre chantier. L'autorisation de conduite est délivrée par vous, pour la durée de la mission. Elle suppose trois vérifications :
- une aptitude médicale à jour ;
- la maîtrise de l'engin, attestée par le CACES de la bonne catégorie ;
- la connaissance des lieux et des consignes du chantier, que vous seul pouvez valider.
Pour vérifier la catégorie et la validité d'un CACES, consultez notre guide des catégories de CACES.
En cas d'accident du travail
Vous devez prévenir l'agence dans les 24 heures, par lettre recommandée, en envoyant aussi l'information au service prévention de la CARSAT et à l'inspection du travail. L'agence déclare ensuite l'accident à la CPAM dans les 48 heures. Depuis le décret n° 2024-723 du 5 juillet 2024, le coût des accidents du travail des intérimaires se partage progressivement à parts égales entre l'agence et l'entreprise utilisatrice. Retrouvez le détail des démarches en cas d'accident du travail en intérim.
Fin de mission : anticiper le délai de carence
Après une mission, vous devez attendre un certain délai avant de reprendre un intérimaire sur le même poste.
Trois points à retenir :
- Le délai se compte en jours d'ouverture de votre entreprise.
- Il s'applique au poste, pas à la personne : changer d'intérimaire ne remet pas le compteur à zéro.
- Il ne s'applique pas dans certains cas, comme une nouvelle absence du salarié remplacé, un emploi saisonnier, des travaux urgents de sécurité, une rupture à l'initiative de l'intérimaire ou son refus de renouveler.
Exemple : une mission de six mois sur un poste de coffreur bloque ce poste pendant environ deux mois. Si la phase suivante démarre trois semaines plus tard, votre planning ne tient pas. Calez la fin de mission sur la fin de phase. Voir aussi ce qui se passe en fin de mission.
La checklist du conducteur de travaux
Vous travaillez avec plusieurs agences ?
Au-delà de quelques intérimaires, la difficulté vient surtout du nombre d'agences et de conditions de facturation à suivre. Limitez le nombre d'agences référencées et fixez leurs conditions dans un accord-cadre. Suivez ensuite trois indicateurs :
- le délai de mise à disposition, entre la commande et l'arrivée sur le chantier ;
- l'écart entre heures pointées et heures facturées, chaque mois ;
- la part de dossiers complets avant l'arrivée : suivi médical, habilitations, autorisation de conduite.
Ce qu'il faut vérifier dès lundi
Reprenez vos trois dernières missions et contrôlez quatre points : le motif écrit au contrat, la durée totale par rapport au plafond, l'autorisation de conduite signée pour chaque engin et le délai de carence sur chaque poste libéré. Ces quatre points concentrent l'essentiel des risques.
Ce guide présente les règles générales. Les accords de branche peuvent prévoir d'autres durées ou d'autres règles de renouvellement et de carence. En cas de litige, rapprochez-vous d'un conseil juridique ou de l'inspection du travail.
Pour aller plus loin, retrouvez tous nos contenus pour les recruteurs du BTP. Besoin de renfort sur un chantier ? Confiez votre recrutement à Asap Work : nous trouvons vos intérimaires BTP, vous gardez la main sur votre chantier.



