AliÉlectricien
Chez asap.work depuis
avril 2024
Entre la traversée du désert et l'excellence du génie électrique, Ali a surmonté tous les obstacles pour éclairer son avenir, porté par la fierté du métier et sa dignité.

À 16 ans, je traversais seul le désert et la mer : cette épreuve m'a donné la force de ne jamais baisser les bras face aux difficultés du terrain.
D'origine ivoirienne, Ali se voyait footballeur professionnel. C'est finalement dans les réseaux électriques qu'il a trouvé sa voie et son indépendance. De sa traversée de la Méditerranée à 16 ans au câblage de grands projets tertiaires parisiens, il nous livre un témoignage inspirant sur la force de la résilience.
Ali commence l'électricité jeune, à 16 ans, juste après son arrivée en France. Sous l'aile de "Chef Mike", un tuteur protecteur qui lui transmet les secrets du métier, il fait ses premières armes sur le chantier de la piscine de Saint-Germain. Confronté plus tard au racisme ordinaire d'un premier CDI, il décide de ne pas courber l'échine et claque la porte : il se relance en intérim et prouve sa valeur sur le terrain. Aujourd'hui électricien tertiaire accompli, il gère la complexité des réseaux de câblage et la rigueur des finitions, tout en gardant une fierté immense pour son parcours. Ses plus belles victoires ? Avoir mis en lumière la banque UBS dans le 8e arrondissement ou le laboratoire de Créteil, et pouvoir affirmer aujourd'hui qu'il a trouvé sa place et sa véritable famille professionnelle.

Le plus important sur un chantier, c'est le respect mutuel. J'ai prouvé ma valeur par mon travail, et je n'accepterai jamais que l'on marche sur ma dignité.
Son regard sur l’avenir du métier et la place des jeunes dans le secteur
Sa fierté de travailler sur des projets qui façonnent le quotidien des Franciliens
Les défis techniques auxquels il a été confronté.
Son parcours et ses premiers pas dans le BTP
Dans cette interview, Ali revient sur :
- Son exil courageux à 16 ans, quittant la Côte d’Ivoire le jour de son anniversaire pour traverser le désert et la mer, troquant son rêve initial de footballeur professionnel contre un avenir à construire en France.
- Le déclic du CIO et de sa formation, qui l'a orienté vers l'électricité, le menant de l'apprentissage en alternance jusqu'à la création de sa propre micro-entreprise pour tester les codes de l'entrepreneuriat.
- Son exigence absolue de respect, qui l'a poussé à quitter un CDI pour refuser le racisme ordinaire de certains collègues, préférant la liberté et la juste reconnaissance trouvées ensuite chez asap.work.
- L'influence majeure de ses mentors, marqué par l'accompagnement de Monsieur Mami et les conseils de "Chef Mike", son premier tuteur, qui lui a appris à placer la maîtrise de son métier avant la quête de l'argent.
Au-delà de son parcours, Ali livre un témoignage inspirant sur la résilience dans le BTP, prouvant que la dignité, la force de caractère et la passion du travail bien fait sont les véritables fondations d'une carrière réussie.

Steve : Ali, merci de prendre le temps aujourd'hui pour raconter ton histoire, ça fait extrêmement plaisir. Ce qu'on va faire dans un premier temps, c'est que tu puisses nous raconter un petit peu ton enfance, d'où tu viens.
Ali : Alors, je suis né en Côte d'Ivoire, plus précisément à Daloa, et j'ai vécu toute mon enfance à Abidjan jusqu'à l'âge de 15 ans.
Steve : OK. Et qu'est-ce que tu faisais au début là-bas ? Des études, des petits boulots ?
Ali : Comme tous les jeunes en Côte d'Ivoire, j'allais à l'école. J'ai étudié du CP1 jusqu'en classe de terminale. C’est là que je me suis arrêté, parce que j'ai eu de grosses difficultés qui m'ont empêché de continuer mes études.
Steve : Qu'est-ce que tu retiens de ton enfance là-bas, en Côte d'Ivoire ?
Ali : J'ai eu une enfance vraiment difficile. Après la mort de mon père en 2005, un de ses petits frères est venu s'installer avec nous parce qu'on était encore petits, ma sœur et moi. Et c'est là que toute la misère a commencé. Mon père possédait un groupe scolaire très réputé à Abobo, tout le monde le connaissait. Mais quand cet oncle est arrivé, il a tout verrouillé. Il nous a fait vivre l'enfer, surtout à moi, parce que j'étais le seul garçon de mon père. Il a fini par me mettre dehors.
Je me suis retrouvé à vivre dans la rue avec un de mes potes. Heureusement, une de mes tantes a appris que j'étais dehors. Elle est entrée en contact avec moi et m'a pris chez elle. Mais quand mon oncle a su que j'étais là-bas, il l'a appelée pour lui dire : "Il faut que tu le mettes dehors, ce n'est pas quelqu'un de bien". Il racontait des histoires sur moi pour me saboter.
Steve : Et tu me disais tout à l'heure que tu avais fait des petits boulots dans une station Total ?
Ali : Oui, j'ai travaillé à Total avec le deuxième petit frère de mon père. Je m'occupais uniquement du lavage des voitures. Mais là encore, mon premier oncle est intervenu. Quand son frère m'a pris là-bas, il lui a dit : "Il faut que tu le chasses, il ne peut pas rester là, ce n'est pas un bon garçon". Et il m'a fait renvoyer.
Steve : À quel moment tu as pris la décision de quitter ton pays pour venir en France ?
Ali : C'est quand j'ai commencé à bosser avec un grand de chez moi et que j'ai commencé à toucher un petit peu d'argent. J'ai bien vu que pour les études, c'était mort pour s'en sortir. En Afrique, on nous dit souvent que l'Europe c'est l'Eldorado, que tout y est beau. Je voyais tout le monde prendre la route. Alors je me suis dit que j'allais me concentrer, économiser au maximum, et me lancer par la voie de la Méditerranée pour rentrer en Europe.
Steve : Quel a été ton parcours ? Par quels pays tu es passé avant de prendre le bateau ?
Ali : Je suis parti par le Niger le 1er septembre 2016... le jour de mon anniversaire, en plus.
Steve : Le jour de ton anniversaire ! Tu avais donc pile 16 ans ?
Ali : C'est ça, 16 ans. J'ai pris le car jusqu'au Niger. Là-bas, il faut monter dans un pickup pour entrer en Libye. C'est là que commence la traversée du désert, qui est interminable. C'est vraiment difficile, il y a des gens qui meurent sur la route. Une fois arrivé en Libye, il faut faire la traversée de la Méditerranée pour rentrer en Italie. J'ai fait tout ce parcours en un mois.
Steve : Tu arrives en Italie, mais de base, c'était l'Italie qui était prévue ou tu savais déjà que tu voulais aller en France ?
Ali : De base, mon seul but était de quitter la Côte d'Ivoire pour m'en sortir, peu importe où. Mais pendant que j'étais en route, ma grande sœur, la plus grande qui vit ici, a appris que j'avais pris la route. Elle est entrée en contact avec moi et m'a dit : "Dès que tu arrives, on va t'aider à venir en France". Arrivé en Italie, je l'ai appelée pour lui dire que j'étais rentré. Elle a cherché quelques contacts et une semaine après, je花 arrivais en France.
Steve : Tu es allé où en France ? Dans quelle ville ?
Ali : On est d'abord descendus à Villeneuve-Saint-Georges, mais ma sœur habitait à Sarcelles. C'est là que je me suis installé. Quand tu arrives en France, tu ne connais rien, tu es un nouveau, tu ne sais pas quoi faire.
Steve : À aucun moment tu ne pensais que tu allais devenir électricien. Comment c'est arrivé ? C'est venu par hasard ou quelqu'un t'a orienté ?
Ali : C'est quelqu'un qui m'a orienté, et aujourd'hui je lui dis un immense merci. C'est Monsieur Mami. Encore aujourd'hui, il est toujours derrière moi, il m'accompagne et me suit. Il est comme un père pour moi.
En fait, quand j'étais chez ma sœur, je voyais bien que je n'avançais pas, je ne faisais rien du tout. Des grands de mon quartier m'ont parlé du CIO (Centre d'Information et d'Orientation). Ils m'ont dit que je pouvais m'inscrire là-bas pour aller à l'école. J'y suis allé tout seul pour prendre des informations. Quand tu arrives en France et que tu es mineur, tu es un peu livré à toi-même. À la conseillère du CIO qui m'a demandé ce que je voulais faire comme métier, j'ai répondu : "Je veux être footballeur". Elle m'a dit : "Non, ici tu ne peux pas jouer au football, il faut choisir un métier". Alors j'ai dit : "Bon, je vais travailler à la banque". Elle m'a expliqué qu'avec ma situation, c'était compliqué parce qu'il fallait payer les études. À 18 ans, le système ne te prend plus en charge, tu es livré à toi-même. Elle m'a dit : "On te propose de faire l'électricité". C'est ce qu'on m'a proposé dès le début.
Steve : Et c'est comme ça que tu as commencé à te former au métier de l'électricité. Électricien, c'est très large : il y a l'éclairage public, le logement, le tertiaire... Tu as commencé sur quel type de chantier ?
Ali : J'ai commencé sur le chantier de la piscine de Saint-Germain-en-Laye, avec Monsieur Mike. Ce monsieur m'a énormément apporté. C'est lui qui, le premier jour où je suis arrivé sur le chantier, m'a fait asseoir et m'a dit : "Tu es un Africain comme moi, je suis Congolais et je ne vais pas te mentir : apprends ton boulot, l'argent viendra après". Ses paroles sont restées ancrées dans ma tête pour toujours. J'ai appris le métier à ses côtés, petit à petit. J'étais d'abord en stage, puis j'ai fait ma première et ma terminale en alternance dans sa société, les Établissements Cléles Menson.
Steve : Et après la terminale, toujours en apprentissage, qu'est-ce qui se passe ?
Ali : Après la classe de terminale, j'ai commencé à travailler à mon propre compte en tant que micro-entrepreneur. J'avais une petite micro-entreprise, je voulais voir un peu comment se passait l'entrepreneuriat. Et puis le Covid est arrivé. J'ai arrêté et je suis allé signer un CDI avec une autre boîte qui s'appelle Sokomelek.
Steve : Tu es resté combien de temps là-bas ?
Ali : Seulement un an. Le feeling n'est vraiment pas bien passé avec la boîte parce que j'avais des collègues qui tenaient des propos racistes envers moi. Du coup, ça s'est mal passé. Au bout d'un an, j'ai demandé à arrêter et je me suis retrouvé à la maison. C'est là qu'un intérimaire d'asap.work, avec qui je collabore bien sur les chantiers, m'a appelé. Je lui ai expliqué que j'avais arrêté mon CDI et que j'étais à la maison pour le moment.
Steve : Tu ne voulais pas reprendre tout de suite, tu voulais attendre un peu pour monter une boîte ou chercher un autre CDI ?
Ali : C'est ça. Et cet intérimaire m'a dit qu'il y avait une agence d'intérim qui me conviendrait. On discutait de tout et de rien, je lui expliquais la situation, et il m'a dit : "Ali, tu es quelqu'un de bon en électricité, tu nous montrais des techniques de fou sur le chantier. Moi je suis chez asap.work. Je peux parler de toi là-bas : ils respectent les gens, ils sont bien et ils paient très bien. Avec ton niveau, ils vont bien te payer". Je lui ai dit que je ne voulais pas, parce qu'avec ce que j'avais vécu chez Sokomelek, je n'avais pas envie de me remettre dans une mauvaise situation. Il m'a dit : "Non, viens, regarde, moi-même j'y suis". Il s'appelle Ismaël. J'ai dit OK, on y va. Le lendemain, Mayas (chargé d'affaires asap.work) m'appelait pour me proposer un entretien. On a échangé et quelques jours après, même pas une semaine, il m'a dit : "J'ai un contrat pour toi".
Steve : Quelles ont été tes premières missions avec asap.work ?
Ali : J'ai commencé avec Spie Batignolles sur le chantier de la banque UBS, dans le 8e arrondissement à Paris. Ça s'est très bien passé, je suis resté jusqu'à la fin du chantier, ça a duré 3 ou 4 mois. Dès que j'ai fini avec Spie Batignolles, ils m'ont trouvé une autre mission avec Satelc à Viry-Châtillon. J'y ai bossé, et quand la mission s'est terminée, je me suis reposé au moins deux semaines. Après, Mayas m'a trouvé une nouvelle mission avec Atéum, au laboratoire de Créteil. Je suis arrivé en cours de route, au milieu du chantier, mais je suis resté jusqu'à la fin.
Steve : Qu'est-ce que tu retiens de toutes ces expériences aujourd'hui dans l'électricité ?
Ali : Ça m'a permis d'apprendre beaucoup de choses que j'ignorais et que je ne connaissais pas du tout avant.
Steve : Qu'est-ce que l'on peut te souhaiter pour la suite ? C'est la question piège ! Qu'est-ce qu'on peut tous te souhaiter ?
Ali : De travailler encore, de me donner à fond comme d'habitude et voilà... de rester affilié à vie chez asap.work !
Steve : Ah, d'accord, pourquoi pas ! (Rires) Merci beaucoup en tout cas, Ali, et je te souhaite beaucoup de succès pour la suite.
Ali : Merci. Ciao.


