Zied
Technicien CVC

Chez asap.work depuis

Avril 2025

Entre l'appel de la rue et la maîtrise du génie climatique, Zied s'est forgé un avenir solide dans le bâtiment, porté par le cœur à l'ouvrage et le respect des anciens.

Quand je fais un travail pour les autres, je le fais toujours comme si c'était pour moi.

Entré dans le bâtiment pour fuir la délinquance, Zied y a trouvé bien plus qu’un gagne-pain : un vrai métier, une fierté quotidienne et le respect absolu des règles de l'art.

Zied entre dans le bâtiment en 2003, orienté par une juge pour s’éloigner de la délinquance et se forger un avenir par le travail. En alternance, il fait ses premiers pas sur le grand chantier du siège de la RATP aux côtés d'anciens qui lui transmettent toutes les ficelles du métier. Guidé par une liberté farouche, il choisit la voie de l'intérim et vit de plein fouet l'évolution technique de sa profession, passant des soudures traditionnelles au cuivre jusqu'au déploiement des énergies renouvelables. Aujourd'hui technicien de maintenance CVC accompli, il gère les urgences du quotidien tout en défendant avec force la juste reconnaissance financière de ce métier vital pour la société. Sa plus grande fierté ? Avoir le cœur à l'ouvrage et travailler chez les autres comme si c'était pour sa propre maison, tout en rappelant à la nouvelle génération qu'on grandit toujours en respectant l'expérience des anciens.

Si tu es sûr de toi, ne te fais pas marcher dessus, mais respecte les anciens : ils connaissent le métier mieux que toi.

Dans cette interview, 
Zied
 revient sur :

Son regard sur l’avenir du métier et la place des jeunes dans le secteur

Sa fierté de travailler sur des projets qui façonnent le quotidien des Franciliens

Les défis techniques auxquels il a été confronté.

Dans cette interview, Zied revient sur :

  • Ses débuts en 2003 dans le 95, lorsqu'une juge l'oriente vers l'alternance en génie thermique pour l'éloigner des dérives de la rue et lui offrir un avenir par le travail.
  • Son tout premier chantier au siège de la RATP, une expérience formatrice où il a appris les bases du chauffage et de la climatisation aux côtés d'anciens aujourd'hui à la retraite.
  • L’évolution technologique majeure de son métier, passant de la rigueur traditionnelle de l’acier et des soudures au cuivre au déploiement moderne des énergies renouvelables et du multicouche.
  • Une anecdote mémorable et insolite chez Dior, où un simple relevé de température avec un pistolet thermique a provoqué un quiproquo mémorable en plein bureau.

Au-delà de son parcours, Zied livre un message fort sur la valeur de la fiche de paie face à l'utilité vitale des artisans, et rappelle aux jeunes l'importance cruciale de respecter l'expérience des anciens sur le chantier.

Zied

Steve : Bonjour Zied.

Zied : Bonjour.

Steve : Merci de prendre le temps aujourd'hui pour raconter ton histoire. Tu as 15 ans d'expérience dans le BTP : maintenance CVC, thermique, électricité, plomberie. Aujourd'hui, ce que j'aimerais, c'est savoir d'où tu viens, qui tu es et ce que tu fais dans le bâtiment.

Zied : Bah moi c'est Zied, je viens du 95, j'ai grandi en banlieue. Ça fait depuis 2003 que je suis dans le BTP. J'ai commencé par une installation thermique en CAP avec l'entreprise Tinsini, une filiale de Vinci. J'ai fait mes deux ans en alternance et puis après, je me suis mis à l'intérim. J'ai fait beaucoup d'intérim entre-temps, et quelques embauches qui m'ont plu, puis ensuite déplu. Donc je suis resté en intérim.

Steve : Et tu pensais que tu allais faire du BTP à la base ?

Zied : Je ne pensais pas du tout que j'allais faire du BTP. Je m'y suis mis parce que voilà, il fallait le faire. Il fallait trouver un moyen de quitter ce qu'on commençait à nous préconiser pour l'avenir... c'est-à-dire un peu la délinquance et tout.

Steve : OK. Donc ça t'a permis d'apprendre un métier. C'est un petit peu par hasard, en fait ?

Zied : Ouais... enfin pas par hasard, parce que c'est moi qui ai vraiment choisi mon alternance et le métier que je voulais faire. Pour moi, le chauffage et la climatisation, ça me paraissait juste. Pour un mec qui voulait travailler toute l'année, c'était parfait : chauffage, climatisation, chaud, froid... il y a toujours du boulot. Je me suis dit : "Je me lance là-dedans". Et puis au fil des années, bah le métier a changé. Tout ce qui est énergies renouvelables est arrivé, les panneaux solaires... J'ai suivi le mouvement. J'ai fait du panneau solaire, de l'énergie renouvelable et beaucoup de fluides médicaux.

Steve : Est-ce que tu te rappelles de ton premier chantier ?

Zied : Mon premier chantier, c'était pendant mon alternance : le siège de la RATP au Val de Fontenay.

Steve : Et ce chantier, tu l'avais vu de A à Z ou tu es arrivé en cours de route ?

Zied : C'est un chantier qu'on a commencé de A à Z. On a débuté par la désinstallation des anciennes CTA (Centrales de Traitement d'Air) et des anciens chauffages. Ensuite, on gérait la pose de nouveaux ventilo-convecteurs. Ils enlevaient toute l'ancienne installation de chauffage et ils rajoutaient de la climatisation et du chauffage dans les faux plafonds et les faux planchers.

Steve : Et quand tu arrives dans ce métier, il y a un collègue ou un ancien qui t'apprend le métier, ou tu apprends tout seul ?

Zied : Bah tu ne peux pas apprendre tout seul, et puis tu en apprends tous les jours. Moi, j'ai été beaucoup aidé en alternance parce que c'était vraiment des anciens, quoi. Je suis arrivé au moment de la fin d'un cycle et du renouvellement d'un autre. C'était le début de l'énergie renouvelable, les panneaux solaires venaient en même temps. Donc je suis arrivé juste avant la fin de l'ancien système et pile au début du nouveau. J'ai appris les deux, c'était une bonne transition.

Steve : Trop cool. Et qu'est-ce que tu voulais faire quand tu étais plus jeune ? Tu étais déjà un peu manuel ?

Zied : J'étais déjà un peu manuel. Mais si je suis venu là et que j'ai choisi le chauffage et la clime, c'est parce que la juge commençait à voir qu'il y avait un peu trop de délinquance autour de nous. Elle nous a dirigés vers l'alternance. Ça permettait d'avoir de l'argent tout en travaillant et en acquérant un métier. C'est là que j'ai fait mes 2 ans chez Tinsini. J'y ai connu des professionnels qui m'expliquaient leur histoire, d'où ils venaient, comment ils avaient commencé. Des gens qui sont tous à la retraite aujourd'hui.

Steve : Et ces gens-là, ils t'ont appris le métier sur le coup ?

Zied : Ils m'ont beaucoup aidé. Même si sur le moment je n'exécutais pas forcément tout ce qu'ils me montraient, c'est resté gravé dans ma tête. Je me le répétais tout seul. Et à un moment donné sur le terrain, tu es obligé d'utiliser ces connaissances parce qu'il n'y a que ça à faire.Après, j'ai travaillé aussi... je ne sais pas si je dois le dire, mais j'ai travaillé avec des gens de l'Est.

Steve : Tu as le droit de tout dire ici !

Zied : Ah ouais ? Bah j'étais pas déclaré, j'étais au noir. Je touchais à peu près 150 balles par journée. Ce que je ne comprenais pas, c'est que eux, ils étaient déclarés alors qu'ils venaient de là-bas. Et moi, non. Peut-être que la main-d'œuvre locale est sous-évaluée. Du coup, il faut se démerder à droite à gauche pour se vendre et pour choper de beaux chantiers.Parce que parfois, la réalité du chantier ne correspond pas à ce que tu attends. On te dit : "Tu vas faire ça, tu vas faire ça". À la fin, le mec voit que tu bosses, mais ce n'est pas de la façon dont lui voulait que tu travailles. Le résultat est le même dans le fond, mais pas dans la forme. Il suffit de ça pour qu'un mec te traite comme un bleu qui vient de commencer, alors que ce qu'il te demande, tu l'as déjà fait mille fois. Moi, j'ai dû prouver. Parfois, je me suis vendu sur des choses que je ne savais même pas faire. Je disais : "Oui, je sais le faire", et je réussissais à le faire.

Steve : Et dans ta famille, il y a des gens qui viennent du bâtiment ou pas du tout ?

Zied : Pas du tout. Il n'y a personne, il n'y a que moi.

Steve : Et aujourd'hui, à quoi ressemble ton quotidien, ta journée de travail ?

Zied : En ce moment précis je n'ai pas de mission, mais d'habitude, ça dépend de la demande. Dernièrement, c'était surtout de la maintenance. La maintenance, c'est par exemple : un jour tu as une fuite ou un flexible qui pète au niveau d'un ventilo-convecteur. Le lendemain, c'est un toilette ou un évier bouché qu'il faut régler. C'est toutes ces petites interventions au quotidien qui servent à ce que le locataire du site soit bien, tout simplement.

Steve : Est-ce qu'il y a un chantier ou une mission qui t'a particulièrement marqué durant tes 15 ans ?

Zied : Ah, il y en a plein ! Mais la dernière en date, c'était une mission de maintenance chez Dior avec l'entreprise Réunion. On m'envoie récupérer une température dans un bureau. J'y vais avec mon pistolet thermique laser. Je rentre dans la pièce et devant moi, il y a deux femmes qui discutent et qui me tournent le dos. Au moment où je lève l'appareil pour viser le plafond et prendre la température, elles se retournent, voient l'outil pointé, et se mettent à hurler : "Au terroriste !". Je te jure !

Steve : (Rires) Et est-ce que tu as un souvenir précis où tu t'es dit : "Là, je suis fier de ce que je fais" ?

Zied : Moi, je suis fier tout le temps de ce que je fais. À la base, je suis un mec qui a le cœur à l'ouvrage dans tout ce qu'il entreprend. Que je bosse pour un patron, pour aider un pote ou donner un coup de main, je fais toujours le travail comme si c'était pour moi. Même quand je rends service bénévolement, je le fais avec la même exigence que si c'était pour ma propre maison.

Steve : Et qu'est-ce qui est le plus dur pour toi au quotidien ? Le physique, le mental, la météo, les horaires ?

Zied : Honnêtement, rien de tout ça. Tout ça, je l'ai déjà acquis avec les années de pratique. Le plus difficile pour moi, c'est la fiche de paie. On a un vrai métier entre les mains. Les gens se disent : "Bon, il fait du chauffage, de la plomberie, c'est un métier sale..." Mais si l'artisan n'est pas là, tu n'as plus d'eau, plus de chauffage, plus de clim. Tu n'as pas de devis et tu ne sais pas comment réparer tes installations. Rien que pour nous appeler, avoir des renseignements ou nous laisser déceler une anomalie dans le système, on est indispensables.

Steve : Tu trouves que le métier a beaucoup changé depuis tes débuts ?

Zied : Ah oui, le métier a totalement changé ! Comme je te disais, quand j'ai commencé, on ne jurait que par l'acier et le cuivre. Au fur et à mesure, de nouveaux matériaux sont arrivés comme le multicouche ou le sprinkler. Aujourd'hui, tu te pointes avec une sertisseuse, une pince automatique électrique, et tu sertis tes coudes et tes tés en deux secondes. Alors qu'avant, on soudait tout, on se prenait la tête ! Maintenant, c'est du PVC ultra dur qu'on sertit. Le matériel a évolué en même temps que le métier.

Steve : Tu as déjà connu une grosse galère sur un chantier ? Une énorme erreur ou un imprévu de fou ?

Zied : Justement, j'ai toujours fait en sorte de ne pas faire d'erreurs, et j'ai passé beaucoup de temps à rattraper les erreurs des autres. C'est du vécu. À chaque fois, je reprenais les malfaçons en me répétant : "Moi, il faut que je sois irréprochable, je ne dois pas faire d'erreur".

Steve : Pour terminer, quel mot ou quel conseil aimerais-tu laisser aux jeunes qui débutent ou à tes collègues qui veulent se lancer dans le BTP ?

Zied : Franchement, si tu sais ce que tu fais et que tu es sûr de toi : lance-toi à fond et ne te fais marcher dessus par personne. Mais surtout, respecte les anciens. Même s'il y a un truc ou une méthode qui te semble illogique au début, respecte leur façon de faire. C'est eux l'inventaire, ils connaissent le métier mieux que toi. Il ne faut pas prendre les gens de haut. On en apprend tous les jours.

Steve : Écoute, merci beaucoup Zied pour ton temps et pour ton parcours. Je te souhaite beaucoup de succès pour la suite.

Zied : Merci beaucoup, et merci à toi aussi.

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