Richard
Richard
Manœuvre BTP

Chez asap.work depuis

Mars 2025

De la rigueur des diplômes en sciences sociales au pilotage des règles HSE sur des projets présidentiels, Richard prouve que le BTP est bien plus qu'un métier : une vocation pour bâtir le concret, portée par la discipline, la musique et le respect mutuel.

Dieu a créé le monde, mais c'est le BTP qui lui donne sa réalité : chaque ouvrage sur lequel j'ai travaillé est une empreinte de fierté que je laisse à la société et à mon fils.

D'origine congolaise et titulaire d'une licence en sciences sociales, Richard se rêvait militaire dans son enfance, fasciné par la discipline des défilés. C'est finalement dans le BTP qu'il trouve sa véritable vocation et son terrain d'expression. D'abord orienté vers la santé, l'hygiène et la sécurité (HSE) sur de grands projets financés par la Banque Mondiale en Afrique, il a rejoint la France il y a plus de 9 ans pour continuer à exercer sur le terrain avec une exigence rare et une passion intacte à plus de 50 ans.

Ses débuts dans le bâtiment s'écrivent au poste de Safety Officer sur des projets d'envergure internationale, culminant avec la construction du pont Tazara en Tanzanie où il assure la sécurité du chantier et les relations publiques auprès du Président de la République et des ambassadeurs. En France, Richard met son adaptabilité et sa force de travail au service de chantiers emblématiques, notamment au Village des Athlètes. Guidé par une hygiène de vie irréprochable — réveil à 3h30, prière, arrivée 45 minutes en avance et amour de la rumba congolaise —, il transforme chaque mission en exemple de professionnalisme. Pour lui, la vraie valeur d'un chantier repose sur la considération humaine, l'écoute et le respect mutuel entre les équipes.

Quand tu repasses devant un ouvrage des années plus tard et que tu peux dire "j'étais là, j'y ai participé", tu comprends la beauté de notre métier. Travailler dans le bâtiment, c'est matérialiser ce qui n'était qu'une idée et faire grandir le monde.

Dans cette interview, 
Richard
 revient sur :

Son regard sur l’avenir du métier et la place des jeunes dans le secteur

Sa fierté de travailler sur des projets qui façonnent le quotidien des Franciliens

Les défis techniques auxquels il a été confronté.

Son parcours et ses premiers pas dans le BTP

Dans cette interview, Richard revient sur :

  • Son rêve d'enfant et sa reconversion, quittant ses études de sciences sociales et son attrait pour l'armée pour saisir une opportunité d'agent de santé, sécurité et environnement (HSE) dans le BTP.
  • Ses responsabilités internationales d'exception, notamment lors de la construction du premier grand pont de Tanzanie, où il orchestrait la sécurité tout en accueillant le Président et des représentants diplomatiques.
  • Sa discipline du quotidien, marquée par un réveil à 3h30, une ponctualité stricte héritée de son père et l'énergie de la musique congolaise pour aborder le chantier avec le sourire.
  • Sa fierté d'avoir participé à des projets majeurs, à l'image du Village des Athlètes en France, et son désir de transmettre l'amour de la construction à son fils pour en faire un futur ingénieur.

Au-delà de son parcours, Richard livre une méditation inspirante sur la noblesse du bâtiment, rappelant que l'engagement, l'exigence du travail bien fait et le respect sont les véritables piliers de la réussite sur un chantier.

Richard

Steve : Bonjour Richard.

Richard : Bonjour.

Steve : Merci de prendre le temps aujourd'hui pour raconter ton histoire. De ce que je comprends, tu es manœuvre. Ce que j'aimerais dans un premier temps, c'est que tu me dises d'où tu viens et qui tu es.

Richard : Je m'appelle Richard Sinano, je suis de nationalité congolaise et j'ai plus de 9 ans de présence en France. Je suis père de famille — c'est important —, et je suis un professionnel. J'ai une licence en sciences sociales.

Steve : Tu te souviens de ce que tu voulais faire quand tu étais gosse ?

Richard : Je voulais être militaire ! Ouais, je voulais faire l'armée.

Steve : Et pourquoi ?

Richard : J'aimais très souvent regarder les défilés. Jusqu'à présent, quand il y a la Fête nationale à l'Élysée, j'aime bien regarder les défilés, la tenue et tout ça.

Steve : Et le BTP à la base, c'est un hasard ou une opportunité ? Comment tu t'es retrouvé dans le bâtiment ?

Richard : Pour moi, le BTP, c'était un hasard. Ce n'était pas prévu. À l'époque, je faisais de la sécurité, puis de la prévention HSE [Hygiène, Santé, Sécurité, Environnement]. Je l'ai saisi comme une opportunité en Afrique quand quelqu'un m'a dit : « Tu peux faire ça et devenir Safety Officer, agent de santé et sécurité. » C'est à partir de là que je suis entré dans le BTP.

Steve : Tu te rappelles de ton premier chantier ?

Richard : Oui, j'ai travaillé avec Konoike, une entreprise japonaise. C'était le projet où j'étais Safety Officer. C'est un projet que j'ai beaucoup aimé, et c'est à partir de là que j'ai pris goût à l'environnement du BTP.

Steve : Est-ce que dans ta famille ou ton entourage tu avais des gens dans le bâtiment ?

Richard : Non. Mon cher père — paix à son âme — a fait de la menuiserie, mais il a fini sa carrière à la retraite dans l'administration publique.

Steve : Il y a quelqu'un qui t'a appris le métier ou tu as tout appris tout seul ?

Richard : C'était un ami et collègue, il s'appelait Richard Kwoi, de nationalité ougandaise. Il m'a dit : « Richard, si tu peux saisir cette opportunité, fais-le. C'est quelque chose qui est désormais obligatoire dans tous les grands projets financés par la Banque Mondiale, le FMI, la Banque Africaine de Développement et toutes les organisations internationales : la partie réservée à l'environnement, l'hygiène, la santé, la sécurité et le social. »

Steve : Décris-moi un peu ton quotidien : comment ça se passe le matin, le soir ?

Richard : Je me réveille très souvent à 3h30 ou 4h00. Je fais ma prière — c'est obligatoire pour moi, je suis chrétien —, et après je prends une douche chaude. Ensuite, je veille à arriver au boulot bien à temps, parce que j'aime être en avance. C'est ce que me disait toujours mon père : « Toujours mieux d'être en avance qu'en retard. » J'aime arriver 30 à 45 minutes avant.

Steve : C'est beaucoup, non ?

Richard : Dans le BTP, ce n'est pas trop, parce que ça laisse le temps de se changer, de prendre un café et de se préparer mentalement avant de commencer la journée. Et le soir, quand je rentre à la maison, je prends un verre et j'écoute de la musique. Pour nous les Congolais, la musique fait partie de notre sang, on vit avec !

Steve : Il y a un chantier ou une mission qui t'a particulièrement marqué ?

Richard : Oui, un grand projet en Tanzanie. C'était le tout premier pont qu'on a construit là-bas, d'une longueur de 2 kilomètres avec quatre voies : le Tazara Flyover. C'était un projet directement supervisé par la Présidence, le Ministère des Infrastructures et l'Agence Routière.
Ce projet m'a énormément marqué parce que j'avais de très grandes responsabilités. Je travaillais du côté des consultants qui inspectaient le travail. Il y avait beaucoup de réunions avec les ministres et je recevais les ambassadeurs, car j'étais responsable HSE et en même temps chargé des relations publiques. J'ai même eu l'occasion d'accueillir le Président de la République venu visiter le chantier.

Steve : Et c'est quoi le plus dur dans ton quotidien ? La pression, les horaires, la météo ?

Richard : Le plus dur, c'est le climat. C'est surtout en hiver qu'on voit la capacité de quelqu'un à se donner au boulot.

Steve : Tu trouves que ton métier évolue dans le bon sens ?

Richard : Oui, tout à fait. Ce que je peux dire, c'est que le BTP, c'est un peu comme Dieu et la création. Dieu dit : « Que la lumière soit », et elle fut. Dans le bâtiment, quelqu'un conçoit un projet sur le papier, et nous sommes là pour le développer, le bâtir petit à petit comme un enfant qu'on élève, jusqu'à en faire une réalité.

Steve : C'est quoi la chose la plus importante à tes yeux dans ce métier ?

Richard : Le respect mutuel et la collaboration entre travailleurs. C'est ce qui fait évoluer le travail. Dès que quelqu'un ne se sent pas respecté, les gens reculent. Mais quand il y a du respect et de la considération, tout le monde se donne et on avance.

Steve : Tu parles de ton métier à tes proches ? Qu'est-ce qu'ils en pensent ?

Richard : J'en parle souvent, et je suis même en train d'influencer mon fils ! J'aime le BTP, ça fait plus de 15 ans que je vis dedans, c'est dans mon sang. Comme je n'ai pas eu l'occasion d'être ingénieur mais que j'ai été agent HSE puis manœuvre, je veux transmettre cette passion à mon fils pour qu'il aille dans le bâtiment.

Steve : Et comment lui voit les choses ?

Richard : Il écoute, il n'a pas le choix ! (Sourire). Vous savez, moi mon père était plombier. Grâce à des gens comme eux, on a beaucoup de choses dans notre quotidien. Je trouve ça super que tu puisses transmettre ça et montrer que le bâtiment est un métier noble et important.
Richard : Oui, j'ai influencé beaucoup de personnes. Même en Afrique, ceux que j'ai laissés là-bas sont dans le BTP. Et ici en France, je dis aux gens que s'ils veulent évoluer vite, le BTP est le meilleur domaine.

Steve : Si ce n'est pas indiscret, quel âge as-tu ?

Richard : J'ai plus de 50 ans.

Steve : Tu te vois continuer jusqu'à la retraite ?

Richard : Oui, pourquoi pas ! Je n'ai pas d'autre choix et j'aime ça.

Steve : Est-ce qu'on te dit souvent merci pour ce que tu fais ?

Richard : Oui ! Je me souviens quand j'ai envoyé mon CV chez asap.work sans vous connaître. Monsieur Jean m'a appelé pour me demander si j'acceptais une mission de manœuvre malgré mon parcours. J'ai dit qu'il n'y avait aucun souci. Et après mes premiers jours, Monsieur Mathis m'a rappelé pour me dire : « Tout le monde est ravi de toi, on te propose déjà de prolonger sur le chantier ! » Ça m'a énormément motivé.

Steve : Vous êtes nos meilleurs ambassadeurs sur le terrain et c'est grâce à votre expertise qu'on est là. Merci Richard. Une dernière question : quel conseil donnerais-tu à ton fils ou à un jeune qui souhaite intégrer le BTP ?

Richard : Mon conseil, c'est de leur dire de participer à la création de ce monde. Dieu a créé la Terre, mais c'est le BTP qui crée la réalité concrète. Quand je passe devant des endroits où j'ai travaillé, comme le Village des Athlètes, je disais toujours à mon père : « Tu vois ça ? C'est moi qui l'ai fait, j'y ai participé ! » C'est magnifique de voir quelque chose se dresser et de pouvoir dire : « J'y étais, j'ai contribué à le bâtir. »

Steve : Merci beaucoup Richard !

Richard : Je vous en prie, merci à vous.

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